Le mécénat de compétences permet aux entreprises de mobiliser leurs collaborateurs sur des missions à impact au service d’un organisme d’intérêt général. Dans ce cadre, Argon & Co a activé ce dispositif grâce au Fonds de Dotation créé en 2025 par l’association de professionnels de la Supply Chain France Supply Chain by ASLOG, dont le cabinet est partenaire. L’initiative de mécénat de compétences portée par Argon & Co s’inscrit dans une mission d’intérêt général définie par le Fonds, avec la mise à disposition de deux collaborateurs du cabinet.

Le fonds de dotation Supply Chain 4 Good, dédié à la décarbonation et à la soutenabilité des Supply Chains, a ainsi lancé un premier projet centré sur la mutualisation des volumes pour favoriser le report modal.

Ahmed, consultant junior chez Argon & Co, est le deuxième consultant engagé comme chef de projet. Il intervient avec l’appui d’Ianis Canfrère, senior manager spécialisé en logistique, et d’Aurélie Delemarle, senior manager spécialisée en innovation et prospective. Dans cet interview, il revient sur cette expérience.

Bonjour Ahmed, peux-tu nous rappeler dans quel contexte ce projet de mutualisation des volumes pour promouvoir le report modal s’est-il développé ?

« Le secteur du transport est aujourd’hui soumis à une double pression, économique et environnementale. Les chargeurs doivent avancer sur leurs objectifs SBTi (Science-based Target Initiative est un projet destiné à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique via l’engagement des entreprises), en particulier sur le scope 3, et s’inscrire dans des trajectoires de neutralité carbone à horizon 2040-2050. En parallèle, la pénurie massive de conducteurs routiers, la hausse probable des coûts et un cadre réglementaire européen de plus en plus favorable aux alternatives à la route renforcent l’urgence de transformer les schémas logistiques.

Pourtant, le report modal reste souvent perçu comme une option plus contrainte et plus coûteuse que le transport routier. C’est précisément pour répondre à cette difficulté que le partenariat a été structuré. Le projet prend la forme d’un Proof Of Concept (POC) sur trois corridors sélectionnés afin d’aider l’association et ses membres à créer une dynamique collective, sécuriser des volumes, ouvrir ou consolider des services plus vertueux et capitaliser sur un retour d’expérience concret. Pour Argon & Co, cette mission de mécénat de compétences démontre sa capacité à piloter une transformation opérationnelle au service de la transition et de la Supply Chain durable. »

Qu’est-ce qui t’a motivé à t’engager dans ce mécénat de compétences ?

« J’ai une formation d’ingénieur en génie industriel, à l’INSA Lyon. J’ai découvert très tôt les enjeux Supply Chain lors d’un premier stage dans une entreprise du secteur chimique en Allemagne, avant de rejoindre Argon & Co comme consultant. Mes centres d’intérêt portent sur la Supply Chain, les opérations et, plus largement, sur le transport durable. La mission m’a immédiatement paru évidente : elle réunissait un projet concret, une dimension innovante et un enjeu d’impact fort autour du report modal. »

Quel a été ton rôle dans le projet ?

« Lorsque j’ai rejoint le projet, une première phase d’exploration avait déjà permis d’identifier des corridors ferroviaires d’intérêt. Mon rôle consiste alors à aider le collectif à passer d’une logique d’exploration à une logique d’exécution. J’agis comme coordinateur, facilitateur et tiers de confiance entre les différents acteurs. Ma mission est de maintenir le rythme, faire avancer les échanges entre les chargeurs, aligner les parties prenantes et structurer la suite jusqu’au lancement du RFI (Request for Information) puis du RFP (Request for Proposal). Autrement dit, il s’agit de transformer une intention collective en démarche opérationnelle. Pour cela, je mobilise des compétences d’analyse, de facilitation, d’animation et de modélisation, avec l’appui d’Ianis Canfrère sur les enjeux logistiques et d’Aurélie Delemarle sur les dimensions partenariales et d’innovation.

La méthodologie mise en place combine un diagnostic des flux, le recueil des besoins et des contraintes techniques des chargeurs, ainsi qu’une analyse des enjeux côté opérateurs et transporteurs ferroviaires. Des réunions de travail et des comités d’évaluation permettent ensuite de co-construire les scénarios de mutualisation par corridor, de cadrer la stratégie d’appel d’offres et d’aligner les participants sur les décisions clés. Les livrables produits sont directement actionnables : stratégie de report modal par corridor, package RFI/RFP, cahiers des charges techniques, fichiers de volumes, templates de réponse, grilles d’évaluation et synthèses de décision. Ce travail a renforcé la confiance, la transparence et la dynamique collective du groupe. »

Quels en sont les résultats et impacts ?

« Pour France Supply Chain by ASLOG, le projet a permis de structurer davantage le groupe de travail déjà constitué et d’accélérer une initiative existante grâce à un apport méthodologique concret. En jouant ce rôle de tiers de confiance, nous avons contribué à faire travailler ensemble des chargeurs aux pratiques, contraintes et cadres parfois très différents. Le collectif a pu finaliser les corridors prioritaires, rencontrer les principaux acteurs ferroviaires en Europe et préparer le passage en appel d’offres. Aujourd’hui, l’association dispose d’éléments tangibles : un RFP lancé, de premières réponses reçues et un retour d’expérience concret sur la mutualisation des volumes, le partage du risque et la capacité d’un collectif à faire émerger des solutions plus vertueuses. »

Le principal enseignement est que la mutualisation des volumes est prometteuse, mais exigeante. Dès lors qu’elle réunit plusieurs grandes entreprises, avec des priorités, des contraintes techniques et des niveaux hiérarchiques différents, elle suppose une gouvernance claire et une gestion de projet rigoureuse. Une autre bonne pratique consiste à impliquer dès le départ les bons acteurs, au bon niveau de décision, afin d’accélérer les arbitrages. Les freins restent réels, notamment le coût, l’état des sillons ferroviaires en Europe et l’hétérogénéité des contraintes techniques selon les chargeurs. À l’inverse, les facteurs de réussite sont bien identifiés : confiance, transparence des échanges et capacité à innover collectivement.
Ce projet montre que la Supply Chain de demain devra être plus coopérative, plus inventive et en renouvellement constant.

Après trois mois sur ce projet, Ahmed transmet désormais le relais à un autre consultant d’Argon & Co pour accompagner la phase de RFI et de RFP, où la capacité à structurer les échanges et à aligner les parties prenantes restera déterminante. L’ambition est désormais claire : tirer de ce POC des bonnes pratiques et des points de vigilance pour promouvoir plus largement le report modal. Argon & Co et France Supply Chain by ASLOG prévoient de partager largement ce retour d’expérience au sein de la communauté France SC, mais aussi au-delà, auprès d’associations comme ALICE ou Movin’On.

Pour Argon & Co, cette mission confirme que le mécénat de compétences est un levier concret pour accompagner des consortiums et faire avancer des projets innovants à fort impact. Elle illustre aussi la capacité du cabinet à intervenir comme tiers de confiance sur des sujets complexes de transformation, de transport durable et de transition.

Cette initiative montre qu’un dispositif de mécénat de compétences bien piloté peut devenir un accélérateur concret de décarbonation du transport et d’innovation Supply Chain.

 

Plus d’articles